PARCOURS

Mon parcours en 5 chapitres

Du présent vers l'origine — parce que c'est dans cet ordre que je me comprends moi-même.

Le parcours en 5 chapitres — pourquoi en remontant le temps

Un partenaire est humain. Le portfolio raconte ce que je fais. Le parcours dit d'où je viens, et pourquoi je le fais. Travailler ensemble, c'est savoir qui on est.

Les chapitres remontent le temps — du présent vers l'origine — parce que c'est dans cet ordre que je me comprends moi-même.

5 chapitres : 5. Le temps de la régularité (32 ans — aujourd'hui) 4. Le temps du dépassement (27-32 ans — Arcadium) 3. Le temps de la prise de confiance (24-27 ans — EDF nucléaire) 2. Le temps de l'apprentissage (20-24 ans — RTE + BTS)

  1. Le temps de la survie (0-20 ans)

Chapitre 5 — Le temps de la régularité (32 ans à aujourd'hui)

À 32 ans, j'ai compris que je fonctionnais d'une façon un peu particulière. Ça m'a expliqué pourquoi je faisais 80 heures pendant qu'autour de moi d'autres en faisaient 40 et avançaient autant. « C'était pas une bonne nouvelle, mais c'était une bonne explication. »

Arcadium est entré en liquidation peu après. Je l'ai gérée moi-même, proprement. La SAS a fait son boulot — sortie maîtrisée, pas de dette personnelle. De six ans d'entrepreneuriat, j'ai surtout retenu une chose : savoir QUOI construire est plus dur que savoir COMMENT construire.

J'ai vendu la maison d'Alissas, mon chef-d'œuvre. « J'en ai pleuré, mais c'était la bonne décision. » J'ai réalloué une partie en achetant un studio aux enchères judiciaires au Grau-du-Roi, mis en location. La maison de Meynes — celle de mes parents — est restée. Ce qui devait être protégé l'a été.

Six mois plus tard, j'ai relancé en entreprise individuelle. Quatools. Pas une nouvelle SAS, pas de levée, pas de boîte à trois fondateurs. Un solo product builder qui fait seulement ce qui vaut la peine d'être fait.

J'ai construit un portefeuille d'outils — Sport Manager pour les clubs, Calendr pour les rendez-vous, EPHI-SPORTS pour la prépa mentale, Factur-IA pour la facturation, FluidStore pour la mémoire IA, Planificateur pour le tracking. Tous pilotables par agent. Tous connectables entre eux.

Pierre Pastor — l'ancien COO d'Arcadium — exploite aujourd'hui Sport Manager sur Rocalys. On partage les revenus. Six ans qu'on bosse ensemble.

J'ai aussi repris la formation, sérieusement cette fois. CMA, Oxytalis, MUC. « Quand on a fait 80 heures pendant six ans, on apprend que peut-être 40 bien faites valent mieux. »

La troisième voie : ni mort lente, ni mort rapide. Faire moins, faire bien, durer.

Chapitre 4 — Le temps du dépassement (27-32 ans — Arcadium)

À 27 ans, j'ai démissionné d'EDF. J'avais un CDI dans le nucléaire, un salaire qui rassurait, une boîte qui ne licencie pas. J'avais aussi l'impression de tourner à 20 % de ce que je pouvais donner. Un ami pensait que je pouvais faire mieux. Moi aussi.

J'ai fondé Arcadium Esport SAS. L'idée : faire pour l'esport amateur ce que le sport traditionnel a fait il y a un siècle — un cadre, des clubs, des coachs, une identité collective. « Esport is sport », c'était la baseline.

Pourquoi cette idée-là ? Parce qu'enfant, le rugby m'avait offert ce que la maison ne pouvait pas — une équipe, un cadre, des coachs, une appartenance. Avec Arcadium, je voulais offrir la même chose à la génération qui ne joue plus au rugby mais à League of Legends. Recréer pour d'autres ce qui m'avait tenu debout.

Ça a marché. Sur six ans : 4 000+ abonnés payants cumulés, ~1 M€ levés au total (Business Angels + subventions publiques + dernière levée 650 k€ equity + levier), des grands comptes (SNCF Gaming, dstny), 27 coachs animés, deux modèles d'usage (Mode Team comme un club / Mode Solo comme un Basic Fit). On était au point d'autofinancement.

À côté d'EDF d'abord, puis à temps plein, j'ai aussi construit deux maisons. Alissas — 130 m² en autoconstruction, escalier suspendu en porte-à-faux, éclairage entièrement domotique. La nuit, après le code, je faisais les plans. Les weekends, je posais les marches. Mon chef-d'œuvre. Et Meynes — la réhabilitation d'un hangar en deux logements pour mes parents.

J'ai bossé 80 heures par semaine pendant six ans. « Je pensais que c'était comme ça qu'il fallait faire. C'était pas faux pour avancer. C'était faux pour durer. »

Le produit marchait, la trajectoire était saine. Le vrai sujet : j'avais fait le choix de lever pour accélérer un marché qui n'avait pas l'élasticité pour absorber l'injection de cash. Plus on mettait dans l'acquisition, plus le CAC montait, sans que la LTV suive le rythme imposé par le cap table. C'est la leçon que j'emporte partout aujourd'hui.

Chapitre 3 — Le temps de la prise de confiance (24-27 ans — EDF nucléaire)

EDF m'a recruté pour le nucléaire. J'y suis allé les mains dans les poches parce que je pensais que c'était pas pour moi. Je suis rentré en voiture en pensant que j'avais raté l'entretien. Le RH m'a appelé le weekend : « on te prend, ton entretien était parfait. » Je n'y croyais pas vraiment.

CNPE Cruas-Meysse. Technicien en électrotechnique. Tableaux 380 V, 6,6 kV, 24 kV, 400 kV. Alternateurs 900 MW. Onduleurs, redresseurs, groupes électrogènes. Plusieurs années de service sans-faute. Mon chef m'a dit un jour : « on se demandait ce que tu faisais là parmi nous. » Je n'ai pas su quoi répondre.

J'ai conçu un outil de diagnostic pour la vérification des matériels de protection des tableaux 380 V. Plus petit, plus léger, moins cher, semi-automatique au lieu de manuel. Prix local de l'innovation et nomination au prix national EDF.

J'ai aussi commencé à animer des formations — lecture de schéma, régimes de neutres, maintenance des systèmes d'excitation alternateur. Sessions adoptées au niveau national. « À chaque fois je me disais que j'allais me faire griller. À chaque fois ça se passait bien. »

À ce moment-là, j'ai commencé à me dire que peut-être je n'étais pas si bête.

Plusieurs années sans-faute. Un outil primé. Et toujours cette idée que c'était un malentendu.

Chapitre 2 — Le temps de l'apprentissage (20-24 ans — RTE + BTS)

Avoir des amis, ça peut parfois changer une vie. À 20 ans, j'en avais un qui m'a dit que je pouvais peut-être faire mieux que ce que je faisais. « J'avais aucune raison de le croire. J'ai essayé quand même. »

J'ai postulé en apprentissage à RTE — le réseau électrique haute tension de la France, les lignes 400 kV qu'on voit avec leurs grands pylônes. Ils m'ont pris in extremis en juillet, l'année où je devais entrer sinon c'était mort. Pendant deux ans, j'ai bossé sur les postes 63 à 400 kV de Nîmes.

J'ai enchaîné sur un BTS électrotechnique. Major de promo. Sixième de l'académie. 20/20 au projet de fin d'études. Les profs ont cru à un plagiat — niveau ingénieur sur le papier, jeune apprenti sur le banc. Je leur ai expliqué à l'oral. Ils ont compris.

Une fille s'est effondrée en pleurant ce jour-là parce que j'avais 20/20 « sans forcer » alors qu'elle en avait chié. Elle ne savait pas que je bossais comme un fou — projets électronique, code en C, clients à côté. Mais j'avais trouvé une façon de bosser qui me ressemblait : par passion plutôt que par devoir.

Trois ans plus tôt, je n'avais aucun plan. Trois ans après, j'avais un BTS major et un CDI dans le nucléaire qui m'attendait.

Chapitre 1 — Le temps de la survie (0-20 ans)

À l'école, je n'ai jamais été terrible. Brevet à 10,5. BEP aussi. À la maison, on n'avait pas grand-chose et on a pas mal bougé — ma famille a vécu un bon moment en caravane, sur des terrains qu'on nous prêtait. « Je me disais que j'étais pas malin, que j'étais pas fait pour les études, que j'étais bon à rien. »

Heureusement, il y avait le rugby. Le club du coin, l'équipe, le coach, le vestiaire. Une régularité qui ne dépendait pas de la maison. « J'ai compris bien plus tard que c'est ce qui m'avait tenu debout. »

Pour gagner trois sous, j'ai fait des choses pas très catholiques. Pas si rares dans les zones d'éducation prioritaire. « Il fallait bien que je m'adapte au client — c'est probablement la première fois que j'ai fait du commerce. »

Souvent en colère, des effondrements réguliers, sans savoir pourquoi. Le monde me paraissait de travers. J'ai mis longtemps à comprendre que des fois, ce n'est pas le monde qu'il faut redresser — c'est notre façon de le regarder.

À 20 ans, un ami m'a dit que je pouvais faire autre chose. Il n'avait aucun agenda, il croyait juste en moi. Première personne à le faire sans intérêt. J'ai arrêté ce que je faisais pour gagner plus. Et un jour, j'ai postulé en apprentissage à RTE.

Ce qui est venu après, je ne l'aurais jamais imaginé.

Parfois, quand ça ne va vraiment pas, on change de voie. Ce n'est ni rationnel ni émotionnel. C'est qu'à un moment, on n'a plus le choix. Et un jour, on découvre tout un univers qu'on ne soupçonnait pas.